L'IA au secours de la gestion des épidémies

Mis à jour : mai 17

Les épidémies, comme celle du Covib 19, bouleversent notre système de santé ainsi que notre équilibre. À travers cet article le Professeur Lhoste nous livre sa vision sur ces phénomènes et le rôle que tiendra l’intelligence artificielle dans leur gestion.


L’épidémie infectieuse s’abat (en grec ancien epi-demos : sur - le peuple) depuis des millénaires sur une population de contact, en y causant incapacités, morts et souvent séquelles physiques et psychologiques durables. Elle est par essence multi causale, évolutive et donc changeante:

  • Multi causale autant dans sa nature que dans ses conséquences : elle définit un système complexe à géométrie variable.

  • Multi causale par mutations génétiques imprévisibles de l’agent infectieux, dont l’identité et la nocivité de ce fait changent, possiblement par hasard.

  • Multi causale pour ses modalités de propagation, en s’adaptant plus particulièrement à telles ou telles caractéristiques humaines, comme l’âge, les pathologies sous-jacentes, la concentration sociale, la nature de l’environnement géographique et climatique.

L’épidémie est un système complexe de surcroît instable. Tout se passe, comme au hasard, de surcroît à vive cadence et grande vitesse. Pourtant il n’y a rien d’inexplicable à l’intelligence humaine, mais seulement plus tard, a posteriori et donc trop tard pour réagir.

Pourtant dans cette épidémie, Il y a des règles sous-jacentes, certes délétères, certes variables, certes à probabilités alternatives mais toutes de nature algorithmique au plan mathématiques des probabilités et de leurs coefficients d’incertitude. Alors que l’on sait que les technologies informatiques permettent, par intuition et construction humaine, d’anticiper l’avenir et en conséquence d’agir face à l’imprévu de l’adversaire, pourquoi ne pas les utiliser ?


On connaît l’efficacité des technologies digitales pour maîtriser victorieusement les situations aléatoires comme dans le jeu d’échec ou le jeu de go. Comment ne pas avoir un raisonnement analogique en proposant des méthodes informatiques et algorithmiques pour contrer, en temps réel, l’adversaire viral dans son jeu complexe et mortel ? Surtout lorsque l’enjeu est vital, la vitesse déconcertante, et que la réponse appropriée dépend de la précision d’un calcul ultra rapide et donc surhumain, d’une probabilité statistique acquise grâce au data mining.

L’Intelligence Artificielle (IA) est au contraire de l’art médical ancestral, une technologie informatique très récente, qui augmente, pour l’homme et par l’homme, la puissance analytique et la vitesse d’une réponse thérapeutique probablement appropriée. Cette performance inouïe est-elle une forme de Trans-humanisme ? Alors que l’urgence est présente les éthiciens en débattent, mais ne sauraient retarder une possible solution.

C’est en urgence qu’il faut maîtriser la situation, par l’intelligence du savoir accumulé en mémoire ou en cours d’acquisition, et donc après collecte des données, analyses, traitement, synthèse, puis propositions statistiques de réponses appropriées.

Par exemple : Analyse continue du génome en mutations possibles de l’agent infectieux probable, puis construction en réponse logique de moyens thérapeutiques, qu’il s’agisse de vaccins, de virucides, ou encore de maîtrise thérapeutique des conséquences inflammatoires de sa présence.

Ainsi, les technologies d’analyse, de mémoires gigantesques, de logique mathématique et de calcul de probabilités de l’IA permettent-elles une maîtrise humaine, en temps réel et non différé, d’un phénomène hyper-complexe, inhumain, inopinément et sournoisement subi.

Aujourd’hui, en pleine crise sanitaire Covid, nous paniquons, dominés par l’effroi, face au risque immédiat de ne pas survivre, soi-même ou ceux qui nous sont chers. Nous recherchons, nous exigeons, un secours, une protection efficace et immédiate. Par réflexe mental, nous recherchons immédiatement dans notre mémoire ce qui d’antan avait sauvé les hommes. Rien, nous ne trouvons rien qui n’ait été lent, hasardeux et injustement efficace. Pandémies, tyrannies, guerres, catastrophes, le malheur a été chaque fois individuel, mais aussi collectif. Pourtant rien n’a jamais duré après le désastre subi.

Après la crise, on constatait la survie des voisins qui s’étaient absentés ou chanceux, plus que celle des courageux restés sur place.

Que n’avions-nous pas, tout prévu et structuré une prévention ?

Que n’avions-nous pas agi immédiatement ?

Que n’avions nous pas eu l’Intelligence systémique de la pensée et de l’action ?

Nous n’avons pas eu le temps, nous avons été pris de court par le mauvais sort, s’excusaient les dépositaires de l’autorité. Savoir avant l’heure, agir à l’heure, réparer vite après la catastrophe ? Aucun homme seul ne saurait en effet le faire en temps réel, ni en être tenu pour responsable.Tout a été la faute du temps : temps pour collecter les signaux venus épars de partout et de loin, les hiérarchiser, identifier leurs causes, les assembler pour comprendre leurs origines et leurs conséquences, proposer une action cohérente de résilience compte tenu des moyens disponibles, et finalement piloter la défense en temps réel. Autant de défis simultanés à l’intelligence humaine, singulière ou même collective.


Qu’est-ce que l’Intelligence pragmatique ?

L'intelligence désigne communément le potentiel des capacités mentales et cognitives d'un individu, animal ou humain, lui permettant de résoudre un problème ou de s'adapter à son environnement.

L’intelligence humaine est une activité de l’esprit qui permet d’apprécier les êtres, les choses, les situations de la vie pour en déterminer sa conduite.

Ainsi, l’intelligence est un potentiel de jugement qui structure et décide de l’action. Le jugement peut être immédiat, ou bien dangereusement différé dans le temps faute, de moyens humains ou technologiques pour se prononcer et agir avec justesse rapidement.

Le jugement précède l’action correctrice justifiée. Elle se doit d’être, en cas d’urgence aussi appropriée et rapide que possible, afin de protéger voire de sauver l’avenir ..

Pour cette raison, après le philosophe Kant dans sa « critique de la raison pure » on distingue deux types de jugements.

- Le jugement analytique, qui ne peut qu’être prononcé qu’après instruction et analyse

de chaque élément constitutif du fait complexe, auquel rien ne doit être ajouté ou soustrait.

L’analyse collecte, distingue et hiérarchise, en temps réel, toutes les données causales ayant possiblement contribué au Fait.

- Le jugement synthétique, ou encore systémique, qui fait suite et replace secondairement tous les faits et causes pertinents dans le contexte de l’environnement instable, spatial et temporel, afin de rationaliser la décision et donc de responsabiliser la décision puis l’action.

Prononcer et fusionner simultanément les deux jugements, analytique et synthétique, complémentaires et indissociables par le fait d’un seul analyste, même ultra compétent, est dans l’instantanéité, humainement impossible.

En conséquence l’action correctrice sur un événement complexe et menaçant nécessite, au moins, un État-Major, collectif à transversalité de compétences mais à la condition d’un commandement orchestré et unique, pour raison d’efficacité. Devant la menace sur l’avenir, il s’agit d’être non seulement instruit, intelligent, mais rapide.


L’apport de l’Intelligence artificielle

Les technologies informatiques ont dès leurs débuts dans les années 40 apporté leur concours à l’intelligence humaine en apportant une fantastique maîtrise du temps, réduit au presque négligeable.

En ce qui concerne l’Intelligence analytique, on connaît le succès stratégique d’Alan Turner qui a pu déchiffrer victorieusement dans les années 40 le code secret Enigma de l’armée allemande.

Quant à l’Intelligence synthétique, à la même époque Edward Lorentz fondait avec la météorologie, l’informatique prédictive par captation continue des signaux atmosphériques et traitement statistique de leurs interdépendances évolutives.

De manière continue l’informatique d’IA ne cesse de croître en capacité, en puissance et en vitesse de calculs, analytiques ou prévisionnels. Progressivement on a vu de simples calculateurs être perfectionnés en capacité de validation par apprentissages statistiques « machine learning » comme en capacités de calcul parallèles pour synthèses statistiques prédictives (machine learning, deep learning et leurs réseaux de neurones électroniques). Les performances exceptionnelles des nouveaux calculateurs sont telles que leurs développements opérationnels est aujourd’hui requis pour la maîtrise humaine des phénomènes complexes instables. Ces performances seront encore sur-développées par l’introduction, en cours, de calculateurs quantiques.

Il apparaît dans ces conditions que la maîtrise en temps réel des phénomènes complexes comme les épidémies relève tout spécialement de l’intelligence statistique des calculateurs dits d’Intelligence artificielle, que l’on devrait renommer : Intelligence Augmentée au lieu de Intelligence Artificielle. Pourquoi intelligence augmentée et non plus artificielle ? Parce que ces technologies sont construites et validées par des humains dans le but d’augmenter leur propre puissance d’intelligence, c’est à dire leurs probabilités statistiques d’être exact et victorieux.

Le refus de l’utilisation de l’IA

Plusieurs facteurs limitent l’acquisition et l’usage des technologies de l’IA.

  1. L’absence de capteurs sensibles plus performants que la capacité humaine (ou animale ex: chiens renifleurs détecteurs de cancers)

  2. La rareté et le prix des logiciels comme de l’ingénierie IA

  3. La non-familiarité des personnes responsables avec ces technologies très récentes encore.

  4. Le refus psychologique de dépendre personnellement comme dépendant d’un automate construit et géré par un étranger à sa profession ou à sa responsabilité


Proposition de synthèse

Diagnostics, traitements et suivis dépendent de l’Intelligence instruite et/ou émotionnelle du décideur au statut de responsable. Pourtant, l’être humain ne peut nier ou s’opposer à la supériorité des capteurs technologiques sur ses propres capacités sensorielles (ex en médecine : Scanners IRM et traitement informatique des images et des signaux ondulatoires).

Il ne peut réfuter le cumul des expériences que permet le data mining. Surtout il ne peut réfuter la maîtrise du temps et de la simultanéité que permet les technologies dites d’IA.

Dans ces conditions il apparaît que la maîtrise des événements dépend d’abord de la maîtrise du facteur temps et ce jusqu'à l’instantanéité. En l’état actuel des connaissances, on constate que seule l’IA peut compacter le temps jusqu’a la simultanéité et l’immédiateté. (ex :pilotage des voitures ou des drones)

Ainsi, la détection permanente (veille) et donc précoce des signaux alarmants (choisis comme pertinents), les mesures thérapeutiques les plus appropriées, autant que la recherche et la découverte de moyens de lutte adaptés à l’instant et au terrain, pour le présent comme pour l’avenir, dépendent d’abord et avant tout de la maîtrise du facteur temps. C’est ce facteur temps celui que maîtrise l’IA qui permet à l’homme sa défense et sa puissance créative. Peut-être que l’IA a vaincu Chronos, le maître du Cosmos ? Peut-être avons-nous rejoint l’Olympe ? Cela a toujours été le rêve des artistes, des savants, et des innovateurs.

Les meilleures contre-mesures dans une situation complexe et multifactorielle, proviennent aujourd’hui, plus de l’intelligence collective que de l’intelligence strictement individuelle. A ce titre l’Intelligence Artificielle a le potentiel d’un excellent collaborateur, particulièrement dévoué et compétent alors même que dépourvu d’ego. Il n’exige pas en retour de sa contribution de reconnaissance sociale ou sociétale, notamment dans les médias.

Ainsi le détenteur compétent d’un système d’IA, et capable de lui poser les bonnes questions afin d’en obtenir de bonnes réponses, peut aujourd’hui proposer une stratégie rapidement efficiente et en tirer la satisfaction d’un service rendu en toute confiance.


François Lhoste,

Référent Gestion des épidémies

MedD / Pr.Un, fondateur Mastère SMIS ESSEC, ex Conseiller de défense économique


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